dimanche 1 août 2010

Déchéance de la nationalité: petite leçon de "drague électorale".

Selon que vous "draguez" tel ou tel électorat, il vous faudra adapter votre discours en fonction de votre publique et/ou de votre contradicteur.

Il ne saurait-être question, puisque votre contradicteur est un adversaire auquel vous voulez "piquer ses électeurs" et que vous voulez montrer aux auditeurs que, sur le sujet, vous êtes bien meilleur que lui, de donner raison au dit contradicteur, quand bien même, au fond de vous, vous partagez ses opinions.

Travaux pratiques sur le thème de la sécurité et de  la nationalité.

Depuis plus de 40 ans ce thème est le fond de commerce du Front National qui en profite pour coller sur le dos des "étrangers" tous les crimes et délits commis sur le territoire français. Une exigence obsessionnelle du Front National est de déchoir du droit au sol et du droit au sang, de déchoir de la nationalité française, tous les délinquants et criminels d’origine étrangère. Grosso modo ce thème "rapporte" au F.N., au moment des élections nationales, un peu moins de 10% des bulletins de vote mis dans les urnes.

Mais il n'y a pas que les électeurs du Front National qui s'inquiètent de cette insécurité latente. Au centre de l’échiquier politique et à gauche, des électeurs, plus ou moins sensibles au discours xénophobe, partagent le diagnostic frontiste mais veulent y apporter des solutions plus humaines, moins définitives que la déchéance de nationalité.

Il devient alors pour un candidat ayant décidé d'axer sa campagne électorale sur le thème de la sécurité et des sanctions applicables aux délinquants, de naviguer entre ces deux extrêmes: l'exclusion et la rédemption.

Il en va ainsi de Nicolas Sarkozy particulièrement en 2003, alors qu'il est ministre de l'Intérieur depuis 19 mois et prépare sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. A cette époque, il sait qu'il doit, si il veut être élu en 2007, se donner une image d'humaniste,de dirigeant modéré, tolérant mais ferme, qui réussit ce qu'il entreprend.

L'émission de FRANCE 2 "100 MINUTES POUR CONVAINCRE" du 20/11/2003 ,au cours de laquelle il est confronté à Jean Marie Le Pen, va lui en donner l'occasion.

Voici quelques verbatim extraits de cette émission :

"D' abord, je veux dire aux Français qu'un étranger présent sur notre territoire, qui commet un crime ou un délit, va en prison et est expulsé à la fin de sa peine de prison...petite catégorie, quelques dizaines de cas par an, qui était concernée",

 

Attaqué par Jean-Marie Le Pen sur le fait qu'il n'a pas mis en œuvre cette loi, Nicolas Sarkozy répond:

"...pourquoi je l' ai fait, c'était des gens qui sont en France depuis le plus jeune âge, qui y ont passé toute leur vie, qui n' ont aucun lien en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, qui ont été condamnés parce qu'ils ont commis un délit...Ou un crime.
"X" dans l' Isère, il prend 5 ans de prison, et pourquoi je n' ai pas voulu ( sic) qu' il soit expulsé ? Parce que "X" avait une femme française et 5 enfants français... l' expulsé serait conduit à désigner 5 orphelins et une femme sans son mari. Pourquoi devrai-je, alors que je suis ministre de l' Intérieur, faire porter la peine sur celui qui n' est pour rien, c' est-à-dire le gosse ou c' est-à-dire la femme ?
Monsieur LE PEN, et j' en termine par là, pourquoi je peux être ferme ? Parce que je suis juste, et pourquoi vous, vous ne pouvez pas être ferme au-delà dans les mots ? Parce que vous êtes injuste, et voilà la différence entre nous..."

 

Séquence intéressante parce qu'elle nous donne, de la bouche même du ministre de l'intérieur, le nombre de cas concerné, en 2003, par la mesure de déchéance de la nationalité: quelques dizaines de cas par an.

Séquence intéressante parce qu'elle montre que Nicolas Sarkozy ne méconnait pas l'article 1 de la Constitution de la Ve République et les deux principes juridiques intangibles depuis la Libération: "le droit à la nationalité et le refus de toute distinction entre les Français "de souche" et ceux ayant acquis récemment la nationalité".

Séquence intéressante parce qu'elle montre également que le ministre de l'Intérieur d'alors connait bien les articles 25 et suivants du code civil, qui énumèrent les quatre cas dans lesquels le Gouvernement peut déchoir une personne de sa nationalité française. Mais tout en les connaissant, il veut ignorer que cette loi ne s'applique pas à des crimes de droit commun et laisse croire faussement que c'est lui qui décide ( "je n' ai pas voulu ").

Bénéfice de la manœuvre: se donner une image de "défenseur de la veuve et des orphelins", d'un décideur à visage humain, respectueux des principes de la Constitution, ferme mais juste.

Il en va tout autrement, sur le même sujet, dans le discours prononcé à Grenoble cette semaine par le même Nicolas Sarkozy, désormais Président de la République.

Fini la défense de la veuve et de l'orphelin ( qui a dit pas pour Liliane Bettencourt et les orphelins Wildenstein.?)!

Fini les deux principes juridiques intangibles depuis la Libération!

Fini d'être juste!

Fini la différence, que Nicolas Sarkozy soulignait avec force, entre lui et Jean-Marie Le Pen!

Avec N Nicolas Sarkozy, vérité de 2003 n'est pas vérité de 2010...Je ne vois qu'une seule explication à un tel "grand écart".

Il y a urgence à "aller à la pêche" à l'électorat très à droite en reprenant encore et toujours l'antienne sécuritaire. Et ce pour deux raisons qui s'ajoutent au mécontentement des citoyens français face au "système Sarkozy corrompu".: La fuite de l'électorat modéré de l'UMP vers le centre et la fuite de l'électorat de la droite dure de l'UMP vers le Front National.

L'électorat et les élus plus modérés, du centre et même de l'UMP, qui ont soutenu le candidat Sarkozy en 2007, font sécession. Cette sécession va manifestement créer une hémorragie de bulletins dans l'électorat sarkozien de 2007. Hémorragie qu'il faut dores et déjà prévenir en évitant que des élus de l'UMP, "mal intentionnés", ne se rallient au Front National en 2012. Vidé à ses extrêmes, l'UMP et son candidat de 2012 ne pèserait plus très lourd dans les urnes.

Quoiqu'il en soit, je conseille à tout le monde d'aller lire le script de cette émission, qui en dit long:

- sur l'échec sécuritaire de N.Sarkozy, puisque de sa bouche même on apprend qu'en 2003 il n'y avait que quelque dizaine de cas par an et que ce chiffre infime n'a, d'après son discours de juillet 2010, pas diminué!

- sur le cynisme du personnage qui n'hésite pas à brocarder son adversaire alors qu'il fait désormais la même chose que lui.

"c' est une chose de parler, comme vous parlez depuis tant d' années, de désigner des adversaires, de protester, d'éructer, de désigner des ennemis à la Nation, de jouer sur les peurs, s' en est une autre d' essayer de faire ce que je fais, avec bien sûr des insuffisances, d' essayer au quotidien. "

- sur son aveuglement face à sa propre méthode

"Qu'est-ce qui fait la différence entre un homme d'Etat et un bateleur ? C' est que l' homme d' Etat cherche à apaiser, à rassurer, à rassembler, à additionner, le bateleur cherche à utiliser des peurs, et j' en ai vu ce soir des bateleurs. "

Et bien moi et quelques autres, depuis plus de trois ans, on en voit un tous les jours de bateleur. Et on peut dire, sans aucun doute, que l'élève à dépassé le maître, non?

Sources: Youtube; L'investigateur; Le Monde, Betapolitique; Dailymotion; Libération; L'Express;

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