mardi 22 juin 2010

Affaire Karachi: pour quelques millions d'euros de plus.

Parmi le brouhaha médiatique sur l'équipe de France de football ou sur l'affaire Bettencourt, une information de première importance est quasiment passée inaperçue. Il s'agit de la décision du ministre de la défense de déclassifier des documents classés "secrets défense", dans le cadre de l'affaire Karachi.

C'est le quotidien Le Figaro qui a annoncé, le 21 juin 2010, que le ministre de la Défense Hervé Morin s'en était remis à l'avis favorable de la Commission Consultative du secret de la Défense Nationale. Les documents réclamés par le juge parisien Marc Trévidic, en charge du dossier de l'attentat de Karachi, vont donc être déclassifiés, ce qui permettra au magistrat d'affiner son enquête et de valider ou d'invalider son hypothèse selon laquelle le mobile de l' acte terroriste perpétré à Karachi en 2002- qui a tué 11 Français - "était probablement lié à l'arrêt du versement de commissions, pouvant elles-mêmes avoir donné lieu à des malversations financières en France". .

Parmi ces documents, le juge pourra consulter les deux rapports du contrôle général des armées ainsi que le contrat Agosta (concernant la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan conclue en 1994) et ses annexes. Ce contrat, signé le 21 septembre 1994 entre la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCNI) et la marine pakistanaise est d'une importance capitale, non pas pour savoir si il y a eu rétro-commissions, mais si les commissions qui ont été versées ( ce que l'on sait désormais avec certitude) contrevenaient à certaines clauses du dit contrat.

Il va donc être désormais possible de vérifier si,comme cela était suggéré par Le Figaro, l'article 47 du contrat Agosta "interdit à DCNI de "proposer, donner ou accepter de donner à toute personne au service de l'acheteur (le Pakistan, NDLR) tout cadeau ou rétribution quel qu'il soit (...) en vue de l'obtention ou de la réalisation de ce contrat. Il prévoit également que "le contractant" (DCNI) s'engage à ne payer "aucune commission à des intermédiaires" dans le cadre de ce contrat. Si cette clause est violée, l'acheteur peut exiger de récupérer le montant des sommes versées par le contractant à ces intermédiaires et saisir un tribunal arbitral à Londres, prévoit l'article 37 du contrat."

Si comme le souligne Le Figaro, l'article 47 n'a pas été respecté, l'État pakistanais sera tout à fait en droit, comme Taïwan l'a fait dans l'affaire des frégates, de réclamer à l'État français des centaines de millions de dollars pour avoir rémunéré des intermédiaires en vue d'obtenir la vente de trois sous-marins à l'État pakistanais. Car, même si de nombreux journaux ont affirmé que le payement de commissions était tout à fait légale en France, ils ont clairement oublié qu'en droit, y compris en 2002, cette pratique été considéré comme illégale et punissable si les clauses contractuelles l'interdisaient (ce que, ni Nicolas Sarkozy ministre des finances de l'époque, ni François Léotard alors ministre de la défense, ni les dirigeants de la DCA , tous signataires du contrat, ne pouvaient ignorer, sauf à n'avoir pas lu le contrat avant de le signer)!

Actuellement, selon les témoignages recueillis dans le cadre de l'enquête judiciaire antiterroriste menée par le juge Marc Trévidic, 10,25% du montant du contrat s'élevant au total à 5,4 milliards de francs (830 millions d'euros) devaient être versés à des intermédiaires. Cette clause très particulière aurait été, selon LEMONDE.FR imposée à la branche internationale de la DCN par Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller du ministre de la défense d'alors, François Léotard.

La déclassification des rapports établis par le contrôle général des armées et en particulier et ceux du contrôleur général des armées, Jean-Louis Porchier, va permettre d'en savoir plus sur "des fautes et des irrégularités qui méritaient des sanctions au niveau le plus élevé […] jusque dans l'entourage de François Léotard". et surtout sur les confidences faites à Jean-Louis Porsche par "un haut-responsable du secrétariat général de la défense nationale (SGDN) sur l'existence de rétrocommissions en France à hauteur de 50 millions de francs".

Ainsi, même si l'actuelle ministre de l'économie a refusé ( par courrier en date du 26 Mars 2010) que des hauts fonctionnaires de son ministère soient entendus par la mission d'information parlementaire chargée d'y voir plus clair dans le rôle de l'État dans l'affaire Karachi, même si le procureur Marin où le second juge chargé de l'enquête antiterroriste font quelque peu obstacles à la découverte de la vérité, Marc Trévidic va pourvoir donner suite à la plainte des six familles de victimes de l'attentat perpétré à Karachi en 2002.

Si les documents mis à la disposition du juge permettent "de confirmer ou d'infirmer l'implication de services officiels pakistanais ou d'autorités officielles pakistanaises" dans l'attentat et l'approbation du versement de commissions donnée par le ministre du budget et le ministre de la défense, en contravention des règles contractuelles, nul doute que d'ici quelques mois ou années l'État français soit obligé de verser des sommes colossales à l'État pakistanais, comme il vient d'être obligé de le faire dans le cadre contrat de vente des frégates.

Auquel cas, non seulement le contrat de vente de ses trois sous-marins aura causé la mort de 12 personnes, n'aura absolument rien rapporté financièrement à l'État français , mais qui plus est, plus de 15 ans après, il nous coûtera des centaines millions de dollars si l'État pakistanais décide de faire appliquer toutes les clauses du contrat Agosta, ce qu'il serait bien bête de ne pas faire...Notons pour l'anecdote que la cour de discipline budgétaire du 28 octobre 2005 de la Cour des comptes, a condamné pour «irrégularités dans la gestion du contrat», plusieurs dirigeants de la DCN et de la DGA à des amendes de l'ordre de 2.000 euros...des gouttes d'eau dans un océan.

J'ignore si la déclassification des documents "secrets défense" permettra au juge Trévidic d'établir s'il y a eu versement de rétro commission sur des comptes ayant bénéficié à des hommes politiques français. Mais la simple mise à disposition de la justice du contrat Agosta va probablement permettre de mettre en évidence, par recoupement avec les documents saisis au siège de la D. C. N. lors de récentes perquisitions, que l'État français, en acceptant le versement de commissions, contrevenait consciemment à des clauses spécifiques du contrat que ses représentants avaient signé. Il ne nous restera plus alors à attendre la sentence du tribunal arbitral de Londres...et, une nouvelle fois, à vider nos poches pour financer les "errances financières" de nos responsables politiques.

En savoir plus:

Le dossier de Bakchich

L'enquête de Libération

La menace de poursuites en diffamations "communiqué de l'Elysée"

La réaction de Nicolas Sarkozy en juin 2009

Sources : Le Figaro ; Le Télégramme ; LEMONDE.FR ; Le Point ; Le JDD

mercredi 16 juin 2010

Pour un référendum sur la réforme des retraites.

Comme l'avait anticipé Ségolène Royal lors de l’émission C politique de Nicolas Demorand sur France 5, le gouvernement a présenté ce matin son projet de réforme des retraites, proposant le passage de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans en 2018.

La présidente de la région Poitou-Charentes. réitère, dans un communiqué de presse r consultable sur le site Désirs d'Avenir, sa proposition de lancer un référendum d'initiative populaire pour sauver la retraite à 60 ans et mettre en échec le texte proposé par le gouvernement.

Soulignant, devant les participants à une Conférence Sociale régionale réunie à Poitiers, un triple reniement dans la réforme des retraites présentée par le Gouvernement : Ségolène Royal a appelé la gauche et les forces sociales à "organiser un référendum d’initiative populaire (3/5ème des parlementaires et 10% des électeurs inscrits) pour mettre en échec cette politique injuste et avancer une réforme juste et efficace. "

Comme l'a souligné Olivier Ferrand , lors d'un chat pour le Monde.fr : "Malheureusement, autant le référendum d'initiative populaire a été intégré à la Constitution, autant on attend toujours les textes de mise en œuvre concrète. Cela signifie qu'aujourd'hui, ce nouveau droit constitutionnel est gelé."

En attendant que les parlementaires obtiennent ENFIN la promulgation de la loi organique qui permettra la tenu de ce référendum, vous êtes tous invités à signer la pétition en ligne et à exiger "un référendum sur la réforme des retraites !"

Sources: Désirs d'Avenir; Monde.fr ;Le Post

mardi 1 juin 2010

Processus des primaires: la "machine à gagner" du PS

Il est limpide, à la lecture du chapitre concernant l'organisation des primaires à gauche, développé dans le rapport d'orientation sur la rénovation du Parti Socialiste ,que le processus qui sera mis en place se démarque d'une banale opération de sélection d'un leader charismatique.

Ce processus innovant s'inscrit totalement dans le rôle que la Constitution française attribue aux partis politiques en développant intensivement la troisième phrase de l'Art. 4. "Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie".

La première innovation tient d'abord au fait que, contrairement à une opération de sélection d'un leader charismatique (qui consiste à écouter ce dernier déverser "sa" bonne parole), ces primaires seront interactives et participatives.

Interactives, parce que lors de la campagne, les électeurs sont invités à intervenir, poser des questions qui leur paraissent irrésolues, et a inscrire à l’agenda de la campagne les problèmes qui leur tiennent à coeur, au cour des réunion mises en place à l’occasion du "tour de France des candidats, qui présenteront leurs projets pour la France, pour l’Europe et le monde."

Interactives, parce que lors de la campagne, les électeurs pourront émettre des suggestions "féconder le programme du( de la) candidat(e), ainsi conduit à préciser ses choix, ses stratégies, ses objectifs et les moyens pour les atteindre. "

Participatives, parce que la procédure de choix du( de la) candidat(e), échappe aux états majors des Partis Politiques, aux militants, pour revenir au "plus grand nombre de citoyens ".

La seconde innovation tient dans l'engagement de tous, électeurs et candidats, à dépasser les clivages et à s'engager à soutenir, pendant la campagne des élections présidentielles, le(la) candidat(e), vainqueur des primaires, représentant la gauche.

Les candidats devront déclarer par avance vouloir soutenir publiquement et en toutes circonstances, en particulier pendant la campagne des présidentielles, le vainqueur des primaires. Puis ils devront réaffirmer cet engagement autour du vainqueur, lors d'une Convention d’investiture et de rassemblement organisée à l’issue du vote désignant le vainqueur, auprès de l’ensemble des délégués des partis co-organisateurs et de l’opinion publique. Ils seront tenus d’intégrer dans leur comportement le fait que tout candidat peut être amené à soutenir son concurrent si celui ou celle-ci l’emporte ou bien l’inverse.

Les électeurs, eux aussi s'engagent à adhérer aux valeurs de la gauche, à soutenir le vainqueur de la primaire. ( Cf Fiche technique "proposition de primaires du PS")

Innovation, interactivité, participation, contrôle du déroulement, autant de points qui laissent penser que ce projet , comme le prétend Olivier Ferrand, dans Libération, tend vers «l’approfondissement démocratique» et la «dynamique» garantis par le processus de la primaire.

Il reste cependant quelques sérieuses zones d'ombres qui pourraient rendre ce projet totalement caduque:

  • Qu’entend la commission lorsqu'elle précise, au sujet du calendrier " Ce calendrier sera ajusté par le Bureau National au mois de janvier 2011 dernier délai, en fonction de la configuration politique des Primaires."? J'ai du mal à cerner ce que veut dire le concept de "configuration politique"...ou je ne vois que trop ce qu'il pourrait vouloir dire .

  • Quid de l'organisation du "vote préalable"? La formulation adoptée: "réunissant un nombre de suffrages suffisants (10%), capables de réunir suffisamment d’électeurs en vue du premier tour. ", laisse penser qu'il y aura déjà eu un passage des candidats devant l’ensemble des électeurs. Mais sachant que la commission situe la date limite de dépôt de candidatures à la fin du mois de juin, que le vote préalable aurait lieu avant la mi-juillet, je vois mal comment pourrait s'effectuer un vote "populaire". Il s'agit donc d'une sélection effectuée par les Etats Majors....contrairement à ce qui est affiché au début du rapport. Quoi qu'il en soit en admettant cette possibilité, il serait plus transparent de dire qui sera appelé à faire ce "vote préalable", comment et sur quels critères.

  • Concernant le Processus de vote et particulièrement les instances de contrôle et de dépouillement, je pense qu'il serait bon que des "jury populaires" ( non militants, non partisans) participent à toutes les instances, qu'elles soient nationales, départementales ou locales.

Voilà , globalement mon opinion sur la proposition d'organisation des primaires que le Parti Socialiste nous a présenté.

Sources: rapport d'orientation sur la rénovation du Parti Socialiste ; Pour tout vous dire ; Libération