mercredi 28 septembre 2011

Les mystérieuses sources d'information de Brice Hortefeux


Le 23 septembre dernier, le parquet de Paris faisait savoir qu'il avait ordonné l'ouverture d'une enquête préliminaire pour violation du secret professionnel et recel, dans le cadre du dossier Karachi. L'enquête a été confiée à la police judiciaire.

Le déclencheur de cette enquête préliminaire est un appel téléphonique passé le 14 septembre par Brice Hortefeux a Thierry Gaubert, dont le téléphone portable était mis sur écoute. Au cours de cette brève conversation téléphonique, Brice Hortefeux informe son ami que sa femme, Hélène Gaubert, entendue par les services de police le 8 septembre, "balance beaucoup " d'informations à la police.

Brice Hortefeux : "Elle balance beaucoup apparemment Hélène"

Thierry Gaubert: "Qu'est-ce que tu as comme infos là-dessus, toi, parce qu'elle me dit qu'elle dit rien"

Brice Hortefeux : "Ça m'embête de te le dire par téléphone […] Il y a beaucoup de choses hein... Je te raconterai, poursuit-il, mais ils ont énormément de choses"

On peut légitimement se demander comment l'ancien ministre de l'intérieur Brice Hortefeux peut savoir que Mme Gaubert a « balancé » aux policiers lors de son audition.

En effet, dans ce genre d'affaires, les policiers chargés de mener une audition sont tenus au respect strict du secret professionnel. Ils sont les seuls, avec leur hiérarchie et le juge d'instruction chargé de l'affaire, à savoir très précisément ce qui s'est dit lors d'une audition et ce qui est écrit sur le procès-verbal qui en résulte.

Or, les policiers ont certifié qu'ils avaient pris soin de conserver le procès-verbal de l'audition et que personne d'autre, à part leurs responsables hiérarchiques et le juge Renaud Van Ruymbeke, ne pouvait savoir que Mme Gaubert leur avait parlé des voyages que son mari avait effectués, en 1995, en Suisse, afin de retirer de l'argent pour le remettre au directeur de la campagne électorale d'Édouard Balladur .

Du reste, comment peut-il savoir qu'il s'agit d'Hélène Gaubert alors que, comme le souligne Magalie Drouet, la fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi en 2002,  le nom de Mme Gaubert n'était cité nul part dans les procès-verbaux puisqu'elle a été entendue comme témoin sous X.

Brice Hortefeux a assuré qu'il avait déduit les affirmations faites à Thierry Gaubert  de rumeurs de presse .

Malheureusement pour lui, la chronologie des faits démontre qu'en aucun cas il ne pouvait avoir appris le 14 septembre, par la presse, que Mme Gaubert avait été entendue par la police, dans la mesure où elle n'a été cité nommément par les médias que le 22 septembre, date à laquelle son époux a été mis en garde à vue . 14 jour se sont écoulés entre le moment où Mme Gaubert avait été entendue par la police et celui où son nom est apparu dans les médias.

Le nom du témoin n'étant pas emporté sur le procès-verbal d'audition, seule une toute petite poignée de fonctionnaires de police savait qui était interrogé, comment Brice Hortefeux pouvait-il savoir le 14 septembre que s'était Hélène Gaubert que les policiers avaient auditionné le 8 septembre?

Puisque qu'il est impossible que ce soit par des rumeurs de presse, par qui Brice Hortefeux a-t-il été informé du nom du témoin et du contenu de son témoignage ?

Inutile de préciser que les déclarations de Brice Hortefeux n'ont absolument pas convaincu les avocats des familles des victimes de Karachi.

Les démentis "hasardeux "de Brice Hortefeux  apparaissent d'autant moins convaincants que les services de la Présidence de la République irréprochable ont cru bon de publier un communiqué de l'Élysée dans lequel ils assuraient que le nom de Nicolas Sarkozy ne figurait pas dans le dossier d'instruction concernant le volet financier du dossier Karachi en cours d'instruction.

Deux affirmations qui, immanquablement, laissent penser que le secret de l'instruction est violé.

Comment, autrement, expliquer que les services de la Présidence de la République peuvent donner une telle assurance si ce n'est parce qu'ils ont accès au dossier d'instruction ou parce que des sources internes les informent très précisément de l'évolution de l'instruction ? Ou bien alors, ils mentent délibérément.

Comment expliquer que Brice Hortefeux connaît le contenu d'une audition de témoins sous X et le nom du témoin ?

Me Morice, avocat des familles de victimes, estimant qu'il y a eu "violation du secret de l'enquête et de l'instruction, violation du secret professionnel, recel et complicité" a donc portée plainte, notamment contre M. Brice Hortefeux.

Aux dernières nouvelles, Brice Hortefeux avec quelque velléité de porter plainte contre Me Morice , considérant que les allégations de ce dernier sont des "allégations mensongères et  calomnieuses "

Il n'en demeure pas moins que l'ex ministre de l'intérieur devrait être prochainement auditionné , dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte le 23 septembre, pour expliquer aux enquêteurs comment et par qui il est si précisément informé qu'il peut dire à Thierry Gaubert, le 14 septembre:

"Elle balance beaucoup apparemment Hélène... Il y a beaucoup de choses hein... Je te raconterai, mais ils ont énormément de choses"

Étant donné qu'il est fort peu probable que ce soit le juge Renaud Van Ruymbeke qui soit à l'origine des fuites, l'audition de M. Hortefeux devrait apporter quelques éclaircissements sur ses mystérieuses sources d'information...

Sources : Le Monde ; Europe1 ; le NouvelObs ; le Figaro ; l'Express ; 20 minutes

DSK: " trop important pour être poursuivi "?


Les avocats de Dominique Strauss-Kahn, avaient jusqu'aux 26 septembre minuit pour déposer leurs conclusions au sujet de la plainte au civil déposé déposée le lundi 8 août 2011. par  Nafissatou Diallo. C'est chose faite.

Et il faut reconnaître que les avocats de Dominique Strauss-Kahn n'ont pas hésité devant les moyens procéduraux pour essayer d'éviter à leurs clients un procès qui pourrait cette fois-ci le voir condamné alors que, jusqu'à présent, et contrairement à ce qu'il a affirmé sur TF1 lors de son entretien amical avec Claire Chazal, Dominique Strauss-Kahn n'a absolument pas été reconnu innocent des accusations de viol avec violence portée contre lui par Nafissatou Diallo. Il a tout au plus bénéficié d'une décision du procureur qui doutait de ses capacités à convaincre le jury au-delà du doute raisonnable nécessaire, aux États-Unis, pour qu'un jury prononce une condamnation. Aucun jugement prononcé par un tribunal de l'a déclaré innocent ou coupable.

Le but du présent billet n'est d'ailleurs pas de disserter sur la culpabilité ou l'innocence de Dominique Strauss-Kahn. Il est plus d'analyser les arguments de sa défense, présenté sous forme d'une requête de 25 pages , au juge du tribunal du Bronx qui suit la procédure. Document certes "bien raisonné, bien construit » mais qui est loin d'être convaincant et surtout qui soulève chez moi une énorme interrogation sur la personnalité de Dominique Strauss-Kahn.

Dans leur requête, les avocats de Dominique Strauss-Kahn prétendent que leurs clients, en tant que le directeur général du FMI, et malgré sa démission en date du 18 mai 2011  , bénéficiait d'une immunité judiciaire en matière civile "en vertu des règles établies par le droit coutumier international,  que toutes les juridictions fédérales et d'Etat se doivent de respecter, M. Strauss-Kahn était exonéré d'un procès au civil  ". Immunité qui, d’après les avocats de DSK, a perduré jusqu'à son départ des États-Unis, début septembre. Immunité totale qui, d'après les avocats de Dominique Strauss-Kahn, aurait pour conséquence,  d'obliger la cour à se déclarer incompétent pour la procédure en cours et à la rejeter.
Qu'en est-il de cette immunité de cette immunité dont nous parle la défense de Dominique Strauss-Kahn ?

Lorsqu'on consulte les Statuts du Fonds monétaire international  ( ARTICLE IX - Statut, immunités et privilèges - Section 8. Immunités et privilèges des fonctionnaires et employés) on constate que l'immunité des gouverneurs, des administrateurs, des suppléants, des membres du comité, des fonctionnaires employés par le fond monétaire international ne couvrent que les "actes accomplis par eux dans l'exercice officiel de leurs fonctions".
Pour bénéficier d'une immunité en temps qu'employés du front monétaire international, il faut :

  • être en activité et pas à la retraite
  • agir dans le cadre d'une mission officielle, et non dans le cadre d'une activité personnelle
  • occuper effectivement et personnellement la fonction qu'on vous a attribuée

Il n'est en aucun cas question d'une immunité totale des personnels travaillant pour le fonds monétaire international quelque soit leur occupation. C'est d'ailleurs ce que William Murray, porte-parole du FMI , avait déclaré à l'issue d'un conseil d'administration du FMI : “Dominique Strauss-Kahn n'a pas l'immunité diplomatique pour les questions non liées aux activités officielles du FMI”. Il ne bénéficie de cette immunité que tant qu'il occupe la fonction.

l'International Organizations Immunities Act,  législation fédérale en vigueur aux Etats-Unis, à laquelle les avocats de Dominique Strauss-Kahn font référence dans leur requête, renforce d'ailleurs cette appréciation de l'immunité limitée en précisant que les fonctionnaires internationaux ne bénéficient de l'immunité que "pour les actes accomplis dans le cadre de leur fonction". Or, Dominique Strauss-Kahn n'est visiblement pas au Sofitel dans le cadre de sa fonction . Si tel était le cas, il aurait occupé l'appartement de fonction que le FMI met à la disposition de son personnel dirigeant à New York. Autre point qui plaide en faveur d'une activité privée, c'est qu'à sa sortie de l'hôtel, Dominique Strauss-Kahn a lui-même précisé qu'il s'était rendu à un déjeuner avec sa fille qui ne travaille pas pour le FMI ni pour aucune instance internationale.

La Convention de Vienne, ratifiée par les États-Unis en 1972, précise il n'y a pas qu'immunité pour une "action concernant une activité professionnelle ou commerciale exercée par l'agent diplomatique dans l'Etat accréditaire en dehors de ses fonctions officielles."

Si l'on regarde le cas de Dominique Strauss-Kahn:

  • il a démissionné le 18 mai 2011, ce qui veut dire qu'à partir de cette date il n'occupe plus aucune fonction qui lui permette de bénéficier d'une quelconque immunité totale ou partielle.
  • La fonction qui justifiait une telle immunité est occupée par Christine Lagarde dès le 28 juin 2011. Si l'on peut considérer à l'extrême limite, au regard du règlement du FMI, que Dominique Strauss-Kahn était couvert par l'immunité inhérente à sa fonction, c'est tout au plus jusqu'aux 28 juin 2011.
  • La plainte au civil est déposée le 8 août 2011, soit un mois et 10 jours après la fin de l'immunité dont bénéficiait Dominique Strauss-Kahn. On peut convenir que Dominique Strauss-Kahn était couvert par l'immunité diplomatique lorsqu'il a été arrêté et poursuivi au pénal mais, dans le cadre de la plainte déposée le 8 août 2011, il est inconcevable qu'ils bénéficient d'une immunité diplomatique à laquelle il a renoncé le 18 mai en démissionnant.
  • De l'aveu même de Dominique Strauss Kahn et de ses avocats, la relation avec Nafissatou Diallo na pas été une relation tarifée, commerciale, ayant eu lieu dans le cadre d'une activité professionnelle , la Convention de Vienne ne devrait pas pouvoir être appliquée dans le cas de Dominique Strauss-Kahn.

La requête des avocats de Dominique Strauss-Kahn relève d'une interprétation étonnante du concept d'immunité diplomatique. À les en croire, elle couvre son bénéficiaire 24 heures sur 24, " ad vitam aeternam" et quels que soient les actes qu'il commet. Or, après consultation des textes internationaux portant sur ce sujet, il n'en est rien.

Le 12 octobre, ces avocats devront plaider leur demande de rejet de la plainte pour cause d'immunité de leurs clients, devant le tribunal du Bronx. À l'issue de cette séance, il appartiendra  au juge McKeon de décider si Dominique Strauss-Kahn était à New York ce week-end la à titre officiel ou pour affaire personnelle .

A suivre donc.

En attendant, en tant que citoyenne française, en tant que sympathisantes pour les valeurs et les idées socialistes, sans préjuger de la culpabilité ou de l'innocence de Dominique Strauss-Kahn dans cette affaire, je suis profondément choquée du comportement de celui qu'une certaine gauche a voulu m'imposer comme candidat à la Présidence de la République. Je trouve extrêmement choquante l'interprétation que les avocats de Dominique Strauss-Kahn font du concept d'immunité, probablement avec l'accord de leur client.

À les entendre, l'immunité diplomatique permet à ceux qui en bénéficient de faire tout et n'importe quoi, sans encourir la moindre sanction. Et leur client approuve « de fait » une telle interprétation.

Il accepte que  lui soit accordé un privilège exorbitant au droit commun. Privilège qui, dans des démocraties qui se respectent, ne saurait être toléré.

Il accepte, pour éviter un jugement qui somme toute, si il est réellement innocent, ne lui fait courir aucun risque, que ses avocats déposent une requête dans laquelle ils prétendent que leurs clients, au regard de sa fonction de directeur du FMI, est trop important pour être poursuivi ...   Étonnant d'ailleurs que cet argument de l'immunité diplomatique totale n'est pas été avancé avec fermeté en mai 2011. Ça aurait évité à Dominique Strauss-Kahn bien des tracas, dont l'emprisonnement et le "rendez-vous manqué avec les Français" dont il se plaint tant !

Que Dominique Strauss-Kahn avance, au travers de la requête de ses avocats, de tels arguments, pour essayer d'éviter un procès, laisse planer un sérieux doute sur sa totale innocence et sur les valeurs morales et politiques dont il est porteur. Se croire au-dessus des lois est plutôt l'apanage des aristocrates et non de républicains et encore moins de vrais socialistes.

Pour ce qui me concerne, mon opinion est faite. Dominique Strauss-Kahn accepte délibérément, consciemment, de défendre l'idée que certaines personnes sur notre planète peuvent absolument tout se permettre sans encourir les foudres de la loi. Pour quelqu'un qui se prétend socialiste, donc égalitaire, se protéger de la sorte est un reniement d'une valeur fondamentale du socialisme. A titre personnel DSK réclame donc l'application d'un privilège exorbitant, ce qui pour un républicain se revendiquant d'un pays qui a aboli les privilèges est tout de même un comble!

Je ne vois, dans la requête des avocats de Dominique Strauss-Kahn, qu'une tentative désespérée mais extrêmement révélatrice d'une mentalité qui me paraît très éloignée des valeurs socialistes.

Je ne vois dans cette requête qu'une manœuvre procédurale honteuse qui, bien loin de laver l'honneur de Dominique Strauss-Kahn, entache gravement l'image « d'innocent » que l'ex-directeur du FMI tente de se construire.

Il y a, dans cette façon de se réfugier derrière l'immunité diplomatique, de ne pas vouloir se défendre à armes égales au cours d'un procès, une forme de lâcheté infantile qui, loin de susciter l'empathie, suscite chez moi le mépris et le soulagement qu'une telle personnalité n'est pas accès à la Présidence de la République Française.

Sources : cour suprême de New York ; le JDD ; Yahoo ; le Figaro; FMI; Reuters; le Point ; LCI ; 20minutes ; le Monde ; Ouest France

vendredi 16 septembre 2011

Primaire socialiste: C'est déjà ça...

Prétendre, comme le fait Harlem Désir, que le débat qui a eu lieu hier soir sur France2, avec la participation des six candidats à la primaire socialiste, a été “grande soirée de télévision et de politique”, est un peu exagéré. Malgré tout, je suis assez contente de constater que cette émission a été regardée par 4,9 millions de téléspectateurs (ce qui représente une audience moyenne de 22% du public présent devant la télévision jeudi soir). Bien entendu, ces chiffres ne disent pas

  • si les téléspectateurs ont apprécié ou pas la prestation de chaque candidat,
  • si ,à l'issue de cette émission, ils ont été convaincu par les arguments des uns et des autres ou d'un candidat particulier,
  • ni, bien évidemment, pourquoi ils ont décidé de regarder l'émission.

Ceci étant, on peut tout de même supposer que, compte tenu du large choix d'émissions sur la TNT à cette heure-là,  ces 4,9 millions de téléspectateurs ne sont pas restées devant leur téléviseur parce qu'il n'avait pas mieux à faire ou à voir... Espérons, comme le fait Françoise Fressoz, journaliste au "Monde, que l'émission aura suscité "une forte envie de connaître le projet des socialistes. Et donc un appétit pour l'alternance"

Je rejoins totalement Renaud Dély lorsqu'il affirme  :

« Le Parti socialiste a réussi hier soir un formidable exercice démocratique ... la leçon de civisme du PS : elle a le mérite de contribuer à corriger les tares du césarisme plébiscitaire intrinsèque à la nature même la Ve République. »

Au final, il semble que les seuls déçus par cette émission soient :

Alors bien sûr, à l'issue de ce débat, certains partisans infantiles de chaque candidat, confondant, comme certains journalistes d'ailleurs, débat d'idées et matchs de boxe, ont sauté comme des cabris en tous sens, criant à qui voulait les entendre que le vainqueur du débat était... Il en fut même certains qui , pour tenter d'étayer leurs assertions, se sont appuyés sur des pseudo statistiques dont, comme le démontrent parfaitement Intox 2007, on ne peut tirer aucune conclusion analytique , et qui ne permettent pas de "dire qui a gagné dans ce truc. "

Pour ma part, si j'ai regretté la forme inintéressante de cette émission - qui, dans sa première partie, réduisait le rôle des candidats à celui de postulants à un emploi auquel on demandait de faire une lettre de motivation (introduction de l'émission) puis de passer devant un grand jury de journalistes (comme si c'était les journalistes qui avaient seuls le droit de débattre avec les candidats) - j'ai très nettement apprécié le débat entre tous les candidats. Car c'était  la mieux à même de nous permettre, en tant qu'électeur, d'observer le comportement des candidats, tout en prenant connaissance de leurs différents points de vue.

En les écoutant, je cherchais à mieux connaître leurs capacités à résoudre démocratiquement - et non bureaucratiquement - les graves problèmes auxquels certains d'entre nous sont confrontés actuellement et que le plus grand nombre rencontrera dans un proche avenir si des solutions - innovantes, efficaces, supportable financièrement par l'ensemble des citoyens français- ne sont pas rapidement et intelligiblement proposées à notre choix.  C'est au travers de ce filtre de la "capacité à résoudre des problèmes sans en générer de nouveaux  et en recherchant constamment l'intérêt général", qui caractérise les qualités essentielles de la personne que j'envisage d'élire à la plus haute fonction de l'Etat  que porte l'évaluation des candidats qui suit.

Intelligibilité et cohérence des propos tenus

Il ne faut pas perdre de vue que cette émission a été regardée par un grand nombre de concitoyens qui ne passent pas leur journée ou leur temps libre à étudier, dans le détail , la vie et l'œuvre des candidats présents sur le plateau. Mais ils ne sont pas décérébrés et désinformés pour autant. Il était donc important que les propos tenus soient intelligibles et cohérents avec ceux tenus précédemment par les candidats.

À ce niveau, Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Ségolène Royal devance de très loin Martine Aubry et François Hollande.

Lorsque David Pujadas demande si l'on pourra restaurer la retraite à 60 ans pour tous, Martine Aubry répond :

«Nous n'avons pas dit que nous ramènerions la retraite à 60 ans pour tout le monde, c'est de la caricature."

Sur un sujet , qui a mobilisé des millions de manifestants s'opposant à la réforme des retraites, il eût été plus judicieux de Martine Aubry se souvienne qu'en juin 2010 elle l'avait bien dit  que les socialistes, une fois au pouvoir ramèneraient la retraite à 60 ans pour tous ! Son affirmation d'hier est incohérente et peut très bien être perçu comme méprisante vis-à-vis de ses concitoyens qui eux se souviennent parfaitement de ses propos.

Sur le même sujet, François Hollande est encore plus incohérent et plus incompréhensible lorsqu'il prétend que le projet du PS n'est financé qu'en cas de croissance à 2,5 % et  lorsqu'il agite le risque de creuser les déficits si on veut rétablir la retraite à 60 ans pour tous. En cela non seulement il est très flou dans les arguments qu'il donne mais, et c'est nettement plus grave, il utilise le levier psychologique de la peur, manipulation qui est l'apanage de l'UMP.

Le même François Hollande s'est redouble d’incohérence et devient incompréhensible dans ses arguments sur le nucléaire. À l'issue de ses explications, on ne comprend absolument pas si il parle de réduction ou de sortie du nucléaire à l'horizon 2025… et on comprend encore moins de quelle manière il compte solutionner le problème énergétique. J’ai même eu l'impression qu'à ces yeux il n'y avait pas un si gros problème que ça.

Esprit démocratique, technocratique ou bureaucratique

Ce qui caractérise les technocrates, c'est leur aptitude à n'aborder un problème quand le noyant sous un verbiage incompréhensible et déversé sur l'auditoire à grande vitesse. Et ce, surtout quand ils n'ont aucune solution à proposer et/ou quand la solution qu'ils avancent va faire des remous qu’ils redoutent.

À de nombreuses reprises, François Hollande a présenté ce type de comportement. Assénant très souvent des approximations de façon péremptoire, en haussant le ton, en accélérant son débit de parole, il a cru probablement impressionner ses auditeurs. Mais s'il n'en reste pas moins que ses propos, notamment en matière de déficit financier, sont totalement vide de toute solution concrète:

  • "Hollande: Je dis les mots que j'emploie".
  • "Hollande: Nous ferons ce que les disponibilités de la croissance nous permettront"
  • "Hollande: Donc il faudra soutenir la croissance en prenant des mesures" 

Même en lisant attentivement ces deux phrases, sans a priori, au calme, il est extrêmement difficile de leur trouver un sens compréhensible par le commun des mortels, et encore moins l'ébauche d'un embryon de solution.

Martine Aubry, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet sont, eux, plus proche du langage bureaucratique qui se caractérise, tout le monde le sait, par la bonne vieille injonction « Y'a ka, Faut kon » jamais suivi de solutions concrètes :

  • "Baylet : "les PME françaises sont les moins exportatrices, il faut leur réserver 30 % de la commande publique" 
  • "Aubry : Il faut retrouver du courage politique."
  • "Valls : il faut de la clarté sur notre système d'attribution des titres de séjour"

On le voit à la lecture de ces trois verbatim, l'auditeur reste sur sa faim et, faute de propositions de solution concrète, ne peut évaluer l'intérêt de la proposition qui lui est faite.

Ségolène Royal, et Arnaud Montebourg identifient le problème ET proposent des solutions.

  • "Royal " 'je veux mettre fin à l'hyperconcentration du pouvoir du président de la République"  (le problème : l'hyperconcentration du pouvoir du président de la république pose problème au fonctionnement de la démocratie)  "mieux répartir les compétences entre les différentes collectivités territoriales (la solution : on dit que les compétences entre les différentes collectivités territoriales)
  • "Montebourg sur les banques :  "Je préfère les mettre sous tutelle avant qu'elles ne nous mettent sous tutelle." (Le problème : les banques vont nous mettre sous tutelle) "L'Etat entrera d'autorité au capital des banques, nous procèderons à l'interdiction de la spéculation avec l'argent d'autrui".  (les solutions : entrée au capital des banques et interdictions de spéculer avec l'argent d'autrui)

Voilà, vous l'aurez compris, si, comme moi, vous comptez déléguer vos pouvoirs de citoyen à un chef de l'État qui saura innover en mettant en place des solutions qui ne sont pas celles que ses prédécesseurs appliquent depuis des décennies (avec le peu de succès que l'on connaît), si vous voulez que ce chef de l'État énonce clairement ce qu'il conçoit bien, à fin que vous puissiez contrôler sans difficulté qu'il tient bien les promesses qui nous a faites , ça  n'est ni vers François Hollande, Martine Aubry, Manuel Valls ou Jean-Michel Baylet que votre choix doit se porter.

Ils n'ont, malheureusement pour eux, pas les compétences nécessaires pour, en période de crise, orienter notre pays vers un avenir prometteur.
Le premier parce que , au final, il n'est que le portrait passe-partout de ces hommes et femmes politiques, férues de stratégie ( culture?) politicienne, dont le seul but est de faire prévaloir leurs propres intérêts ou celui de leur caste, et les trois autres parce que sans être aussi traditionaliste et conservateur que le premier, ils planent bien trop haut dans le système pyramidal, qui étouffe la grande masse des citoyens, pour avoir encore une once de savoir pratique susceptible de les faire agir dans l'intérêt du plus grand nombre. Le pire, ce qui les rendrait presque sympathique, c'est qu'en toute bonne foi ils se prévalent de valeurs qui sont contredites par l'observation de leurs actions et comportements.

Conclusion
A ce stade des débats, on ne peut vraiment dire si les arguments, plus ou moins fondés et vérifiables, qui ont été avancés par les participants à ce débat télévisé sont de nature à modifier l'opinion de la grande majorité des Français sur les programmes des uns et des autres. Cependant il est évident qu'un tel débat a permis à un grand nombre de téléspectateurs de s'intéresser au processus de la primaire qui aura lieu en octobre.
C'est déjà ça...

Sources : site d'Harlem Désir ; Reuters ; Le Monde ; le Nouvel Obs ; Richardtrois ; Gabale ; Intox 2007 ; le Figaro