mercredi 28 juillet 2010

A Jacques Chirac, L'UMP reconnaissante?

Souhaitant peut-être éviter une condamnation infamante à Jacques Chirac, alors qu'il est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour les chefs d'accusation de "détournement de fonds publics" et "d'abus de confiance", l'UMP se dit prête, selon Le Point, à indemniser la Ville de Paris d'une somme qui pourrait dépasser deux millions d'euros.

Connaissant la guerre sans merci que les sarkoziens ont livrée aux chiraquiens pour s'emparer de l'UMP, cette soudaine générosité me paraît on ne peut plus suspecte et j'ai énormément de mal à imaginer qu'elle est liée à une quelconque empathie vis-à-vis de Jacques Chirac et de son grand âge. Surtout quand on constate que le tribunal correctionnel de Paris, présidé par Dominique Pauthe, ne s'est pas particulièrement montré complaisant vis-à-vis du pouvoir en place, ces dernières années. Ce jugement correctionnel, si la plainte de la ville de Paris n'est pas retirée, comporte un risque énorme dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012.

Il y a donc probablement derrière cette proposition saugrenue des intérêts majeurs pour l'UMP. j'en entrevois quelques-uns

-- Éviter le déballage sur la place publique des modes de financement de ce parti par celui qui l'a créé et qui en a été le leader jusqu'à l'arrivée de Nicolas Sarkozy. L'ex-président de la république, est accusé d'avoir payé sur les fonds de la mairie de Paris 21 emplois fictifs, notamment de certains employés permanents du RPR parisien. Ce qui explique les chefs d'accusations de détournement de fonds publics et d'abus de confiance. L'évocation de ces pratiques; que la loi et la morale condamnent, ne serait pas du plus bel effet pour un parti qui se prétend irréprochable ( qui a dit "depuis la nuit des temps"?).

-- Éviter qu'à l'occasion de ce procès, dans lequel Jacques Chirac est également mis en examen pour "prise illégale d’intérêt" dans l’affaire de 7 emplois de complaisance, mis à la disposition du parti gaulliste des Hauts-de-Seine, fief Sarkozien s'il en est, le nom de Nicolas Sarkozy, à l'époque maire de Neuilly, n'apparaisse.

-- Éviter une condamnation pour abus de fonds publics ne vienne ternir l'image du parti présidentiel. Quand bien même les faits se seraient déroulée entre octobre 1992 et mai 1995, se voir condamné pour abus de fonds publics, en pleine période de rigueur, d'austérité, pour le parti gouvernemental n'est pas la meilleure des publicités. Le procès public qui devrait se dérouler au plus tard en février 2011 (peu de temps avant le début la campagne électorale pour les élections présidentielles), pourrait donner lieu à une vaste mise en lumière, probablement très médiatisée, de pratiques très peu orthodoxe au sein du parti majoritaire

-- Enfin, et nous en arrivons aux subtilités politiques qui confinent à un machiavélisme de haute volée, indemniser la ville de Paris, dont le maire socialiste, Bertrand Delanoë, a fait savoir fin 2009, que «Si [ces remboursements] étaient faits, si c'était effacé, je préférerais pour tout le monde parce que moi je n'en veux pas particulièrement à Jacques Chirac» et qu'il pourrait ne plus être partie civile au procès Chirac, obligerait le tribunal correctionnel a statuer sans plaignants ni accusations, la Ville de Paris n'étant plus partie civile, le parquet ayant requis un non-lieu dans son enquête, et pourrait l' amener à ne pas condamner Jacques Chirac, puisque plus personne ne se plaint ni n'accuse.

Autre "effet dans l'effet", et non des moindres, qui apparaît nettement dans la réaction de Me Mignard, avocat de la Ville de Paris dans cette affaire, qui déclare que "Dans l'hypothèse d'un remboursement avant le procès, "la raison d'être de la partie civile qui est la réparation de son dommage aurait cessé": de graves délits tels que le "détournement de fonds publics" et "l'abus de confiance" serait ramenés à une "simple question d'argent", de réparations financières... avec l'accord de représentants du parti socialiste.

Tant pour l'UMP, en faisant cette proposition indécente de compenser par de l'argent un délit aggravé par le fait que celui qui l'a commis est un élu de la nation, que pour des représentants du parti socialiste, en acceptant la proposition, il y a, ce me semble, une conception hallucinante de la Justice.

Espérons que cette dernière,en la personne des magistrats qui siégeront lors de ce procès, saura se souvenir qu'un jugement en correctionnelle ne se résume pas à une simple négociation financière. Espérons qu'elle saura rappeler au monde politique que la dimension morale n'est pas absente de ses jugements.

Espérons, également, que la direction du parti socialiste, qui certes n'a pas à s'immiscer dans l'administration de la mairie de Paris, saura faire comprendre à un de ses élus qu'en acceptant la proposition de l'UMP, il se montre peut-être bon gestionnaire des deniers de sa commune, mais il cautionne une déviance grave de l'esprit de la loi.

Sources: Le Point ; Le Monde; LCi; Le Figaro; Le Parisien

mercredi 7 juillet 2010

François Fillon avoue-t-il son ingérence dans l'audition de Claire T. ?

Dans son message aux parlementaires, le premier ministre François Fillon, parlant de l'affaire Woerth- Bettencourt a évoqué un «témoin anonyme, qui en dit plus à la presse qu’à la police»

Sur le moment, je me suis demandé de qui il parlait. Alors j'ai écouté plus attentivement une extrait de son allocution sur BFM TV.

Connaissant par Le Monde , depuis le 6 juillet, le nom des deux seuls membres du personnels de Liliane Bettencourt qui ont été, à ce jour, entendu par la police, dans le cadre de l'affaire des enregistrement, je me suis d'abord dit qu'il y avait un troisième témoins dont on ignorait le nom. Mais les médias ne relayait aucun témoignage d'un nouveau témoin anonyme...

...Et comme Pascal B, le majordome n'avait pas fait de déclaration aux médias, après son audition par les services de police, j'en ai conclu que François Fillon parlait de Claire T.

Et alors, là une énorme question c'est posée :

Comment François Fillon, premier ministre du gouvernement français, peut-il savoir que Claire T."en dit plus à la presse qu’à la police"?

Pour pouvoir affirmer une telle chose, vous conviendrez qu'il faut avoir comparé entre ce qui est dit à la police et ce qui est dit à la presse, non?

Pour ce qui est dit à la presse, savoir ce qu'à dit Claire T. c'était facile. Il suffisait d'aller sur le site de Médiapart, dont l'article a été enregistré lundi 5 juillet au soir et à publié dans la nuit du 5 au 6 juillet.

Mais pour ce qui est de la police, là, il me semble que c'est impossible et même illégal, parce que le procès verbal de l'audition de Claire T., effectuée lundi 5 juillet après midi et en début de soirée, est STRICTEMENT confidentiel ( sauf pour l'avocat de cette dernière) tant que l'enquête n'est pas terminée et déclarée comme telle.

La question est donc d'importance concernant l'affirmation de François Fillon sur ce «témoin anonyme, qui en dit plus à la presse qu’à la police» .

Comment le sait-il? Comment peut il parler de façon aussi affirmative et pas conditionnelle?

A-t-il eu accès, d'une manière ou d'une autre, au procès verbal d'audition de Claire T et si oui, de quelle façon LÉGALE?

Il y a là véritablement une question claire qu'on ne pourrait supporter de voir sans réponse et à laquelle j'espère que le premier ministre va répondre très vite.

Source: Libération; BFM TV; Le Monde ; Médiapart

mardi 6 juillet 2010

Magnifique rétropédalage de François Baroin.

Le 30 juin dernier,rappelle Le Monde, François Baroin, ministre du budget, annonçait sur France 2, qu'une enquête de l'Inspection générale des finances était lancée afin de vérifier les "soupçons de complaisance fiscale de son prédécesseur Eric Woerth envers l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt." Le rapport d'enquête devait être rendu public aux environs du 10 juillet. "Il sera à la disposition à la fois du public qui s'intéresse à cette situation et d'une éventuelle future commission d'enquête parlementaire", avait-il annoncé.

Mais visiblement l'Elysée est dépassé par l'affaire Bettencourt et François Baroin, se livre aujourd'hui à un magnifique rétropédalage ( Tour de France oblige?) en annonçant, selon Les Echos, que le rapport " sera à la disposition d'une éventuelle commission d'enquête parlementaire."

Exit donc le rapport accessible à tous, la transparence, etc...et retour des "petits secrets cracras" que seul l'élite à le droit de connaître.

A juste titre, Thomas Bronnec, journaliste de L'Express, s'interroge sur son blog sur les raisons du rétropédalage de François Baroin et en souligne les dangers:"Vu l'ampleur que prend l'affaire, je doute qu'un tel délai soit acceptable par l'opinion. Surtout pour un rapport qui est censé 'mettre les choses au clair' sur les liens éventuels entre Eric Woerth et le traitement du dossier fiscal de Liliane Bettencourt".

Certes, certes, mais il ne faut pas oublier plusieurs choses:

- Météo France annonce un été très chaud.

On peut alors espérer que la torpeur envahira les esprits des Français quelque peu survoltés actuellement. Et nul doute que la présence répétée des ministres photographiés dans des maisons de retraites, apportant ventilo et eau fraiche à des personnes âgées, serait une bon moyen de faire d'une pierre deux coups: montrer leur sollicitude envers le "bon peuple"et prouver qu'ils ne pensent pas qu'à l'argent ( surtout à ponctionner le notre)

- La commission d'enquête parlementaire, demandée par l'opposition peut voir, comme pour l'affaire des sondages de l'Elysée, son champ d'investigation considérablement réduit. Qui plus est, comme le souligne Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, "avant le 14 Juillet, le gouvernement et la majorité ne veulent pas d'une commission d'enquête", et qu'"ils renvoient à septembre la décision alors qu'il y a urgence".

Ce qui veut dire que pendant plus de deux mois, le rapport ne circulera pas entre les mains de personnes "non initiées" et que ça leur laissera tout le temps nécessaire pour se construire des pare-feu, préparer leur défense et leur attaques!

- Parallèlement le juge Courroye, qui sait, d'après Bakchich-info, « Taper fort sur les faibles », grand ami de Nicolas Sarkozy, aura eut le temps de boucler son enquête sur les "fameux" enregistrements et peut-être même de la classer sans suite, ou de désigner, à point nommé, des coupables "hors UMP", allez savoir.

- Et surtout, surtout, la réforme des retraites sera engagée au Parlement.....Le gouvernement n'aura donc plus besoin d'Eric Woerth comme porteur de ce projet auprès du bon peuple.

Il me semble donc, que pour toutes ces raisons, le gouvernement se soucie comme d'une guigne que le délai ne soit pas accepté par l'opinion.

Il veut avant tout, de toute évidence, maitriser le calendrier et éventuellement connaitre avant tout le monde les résultats des investigations en cours. Ceci lui permettra très certainement de préparer ses arguments au moment ou le débat sur la réforme des retraites s'engagera au Parlement.

Un tel comportement pourrait éventuellement être compris comme une volonté de faire éclater la vérité aux yeux des citoyens, si et uniquement si, ce n'était pas le juge Courroye, décoré par Sarkozy à l’Elysée de l’ordre du Mérit,et cité dans les enregistrements, qui était chargé de l'enquête sur les enregistrements et si le résultat de l'enquête de l'Inspection générale des finances était, comme annoncé au départ, était rendu public .

Mais là, on sent comme une volonté de cacher, de dissimuler, d'enterrer....Bref, tout ce qu'il faut pour donner encore plus de véracité aux enregistrements révélés par Médiapart et aux révélations de la comptable de Liliane Bettencourt.( à lire dans leur intégralité et gratuitement. Bravo Médiapart!)

Sources: Le Monde; Le JDD; Libération ; Wikipédia ;Le Parisien ;Médiapart