dimanche 11 septembre 2011

C’est quoi, un comité citoyen?

Dans le "Contrat avec la Nation"  que Ségolène Royal a présenté samedi 10 septembre 2011, lors de son meeting de Montreuil, on peut lire au paragraphe 2 :

"Pour refonder la démocratie, je m’engage à consulter la Nation chaque fois que l’intérêt supérieur du pays l’exigera. Le référendum d’initiative citoyenne sera instauré et des comités citoyens encouragés. "

Si nous commençons à être nombreux à savoir ce qu'est ce que devrait être un référendum d'initiative citoyenne, nous sommes manifestement plus nombreux à ignorer ce qu'est un comité citoyens.

Nos amis québécois connaissent parfaitement l'appellation comité citoyens, mais en France le législateur a préféré parler de comités de quartier ou de Comité d'intérêt de quartier (CIQ), ou d'Association d’habitants, et Comité d'intérêt local (CIL).

I- Fonction, mission et rôle des comités de quartiers:

C'est la loi dite "Vaillant " n° 2002-276 du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité, Art. L. 2143-1 qui fixe, pour les communes de plus de 80 000 habitants, le cadre législatif de la création de comités de quartier.  Leur création est facultative dans les communes de 20 000 à 80 000 habitants.

La loi Vaillant définit les comités de quartier comme " une instance consultative ayant vocation d’impliquer le plus largement possible la population concernée par une décision donnée.".L'instauration de comités de quartier dans toutes les villes de France n'est pas imposée par la loi. En réalité, très peu de communes se sont dotées de comités de quartier. Il en existe cependant, sous des appellations différentes, à Tours, La Rochelle , Épernay , Toulon , Lyon, Marseille ou Épinal.

Ces comités sont des associations à but non lucratif, qui servent d'interface entre les habitants d'un quartier et les élus locaux (conseillers municipaux, maire, député de la circonscription ou se trouve le quartier). Dans le fonctionnement général des communes, les comités de quartier n'ont aucun pouvoir décisionnaire et leur rôle se résument très (trop) souvent un rôle consultatif.  Ils peuvent être consultés par le Maire pour tout type de problématiques et peuvent lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la politique de la ville.Un rôle consultatif lui-même très restreint dans la mesure où les conseillers de quartier ne sont pas éclairés par des avis d'experts.

En termes d'activité, les comités de quartier s'occupent particulièrement des questions d'intérêt général tel que la circulation dans le quartier, la propreté des espaces communs, les questions de voisinage, etc..

Rien n'empêche une commune d'encourager ( en créant par exemple un fonds spécial destiné à financer les projets des comités de quartier) et de soutenir financièrement les initiatives portées par les conseils de quartier. La ville de Lyon, par exemple, met à la disposition des conseils de quartier un dossier intitulé : « appel à projets en faveur des initiatives des conseils de quartier »

Comme vous pouvez le constater, en France - pays de la bureaucratie sublimée- l'initiative citoyenne est totalement bloquée, le comité de quartier représente plus la plus petite émanation du pouvoir administratif qu'une réelle instance citoyenne de décision et de contrôle des décisions. La création, la composition, les missions et la création de conseils de quartier sont entièrement contrôlée par le pouvoir politique, contrairement au Brésil, au Québec et à d'autres pays où se développent des comités citoyens d'initiative populaire apolitique.

Ceci explique peut-être quoi de nombreux citoyens français ignorent totalement que de telles instances existent dans leur commune. Et l'on comprend, notamment dans les propos de Philippe Breton, Chercheur au CNRS, pourquoi, pour les communes de plus de 80 000 habitants-  après la loi du 27 février 2002,  le bilan de mise en œuvre   est on ne peut plus mitigé.

II- Un bilan mitigé

Il est important de noter dès maintenant que l'idée d'élargir à l'ensemble des citoyens la participation à la prise de décision est perçue très favorablement par la population française. Le désintéressement, voir le mécontentement, des citoyens au sujet des comités de quartiers porte essentiellement sur leur fonctionnement.

1) des conseils de quartiers phagocytés.

La loi  du 27 février 2002 indique que c'est le conseil municipal qui, dans les communes de plus de 80 000 habitants," fixe la dénomination, la composition et les modalités de fonctionnement des conseils de quartier." En réalité, les membres des conseils de quartier sont souvent désignés par le pouvoir politique municipale. Les conseils de quartier apparaissent alors comme des représentants de la municipalité et non plus comme des représentants des habitants des quartiers ce qui est vide totalement de sa substance démocratique l'esprit de la loi du 27 février 2002 !

Autre problème qui dénature l'esprit de la loi du 27 février 2002 : force est de constater que de nombreux comités de quartier ont été phagocytés par des notables, représentant des associations installées dans le quartier (soupçonnés de n'être présents dans l'association de quartier que pour défendre leurs propres intérêts) ou par des habitants qui se révèlent en fait être très proches politiquement de certains élus, transformant ainsi le conseil de quartier en lieu de manœuvres politiques.

Mais le problème ne se limite pas au mode de nomination des conseillers de quartier, il s'étend aux missions et pouvoir fondamentaux des conseils de quartier.

2) des pouvoirs dérisoires, une formation incomplète

La création des conseils de quartier visait à fluidifier les rapports entre le politique et les habitants et surtout à développer un véritable esprit démocratique dans les quartiers. Mais, rappelons le, les conseils de quartier n'ont qu'un pouvoir consultatif. Ce qui fait qu'un maire peut parfaitement, en cas d'opposition du conseil de quartier à un de ses projets, passer outre et faire voter son projet par le conseil municipal. Certes, un tel comportement peut générer du mécontentement chez les habitants du quartier. C'est pourquoi, quelques maires indélicats essaient de contrôler les conseils de quartier (notamment faisant nommer des "hommes de paille" au conseil de quartier) et de s'assurer de leur part des avis consultatifs toujours positifs.

La mise en place depuis plus de 30 ans de ses comités de quartier montre que les conseils de quartier sont le plus souvent consultés sur des dossiers complexes sans être informé par des experts et ne bénéficient pas d'une réelle indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Dés lors, il leur est extrêmement difficile de se positionner fermement et de façon argumenté sur des problématiques qui impactent pourtant les habitants du quartier.

3) Une initiative citoyenne bridée

La loi  du 27 février 2002 a très certainement donné beaucoup trop de poids au conseil municipal , aux maires,et pas assez aux citoyens pour décider de la représentativité au sein des conseils de quartier.

Pourquoi ne pas laisser à une assemblée générale des habitants du quartier le soin de composer, par le biais d'une élection, l'équipe des membres du conseil de quartier ?

Une autre solution consisterait à désigner les membres du conseil de quartier par tirage au sort en se basant sur les habitants inscrits sur les listes électorales des bureaux de vote du territoire du quartier.

III- Des pistes de solutions

Les élus qui tentent d'entraver le processus décisionnel démocratique ne sont ni contrôlés ni sanctionnés. Il me paraît intéressant d'envisager des dispositifs “pénalisants”, pour que cessent ces pratiques.

Partant de là, on peut envisager que ce soient les conseils de quartier, leur pouvoir étant élargi au contrôle et à l'arbitrage des décisions municipales, qui arbitrent les litiges entre les décisions du conseil municipal et le résultat de la consultation des habitants d'un quartier. Il faudrait pour ce faire que le conseil de quartier est un pouvoir d'audition des parties concernées et un pouvoir de décision.

Bien entendu, un conseiller de quartier ne pourrait en aucun cas faire parti du conseil municipal ni d'une des institutions ou des entreprises parties prenantes dans la décision.

Pour que les habitants soient totalement informés des processus de décision qui les concernent, les séances de travail des conseil de quartier devraient obligatoirement être publiques.

C'est en substance ce que propose Ségolène Royal lorsqu'elle parle de comité citoyens.
On trouve sur le site Désir d’Avenir  un projet de mise en place de comités communaux des citoyens. En voici l’essentiel:

  • La création de ces comités serait laissée à l'initiative des communes mais les membres des comités seraient désignés par tirage au sort
  • Les fonctions de ces comités seraient élargies par rapport à celle des l'actuels conseils de quartier. Les comités de citoyens seraient associés avec les Cour des Comptes pour effectuer le contrôle du fonctionnement des assemblées et organismes publics est d'intérêt public au niveau territorial.
  • Ils auraient également une fonction d'enquête, d'études et d'avis.
    Il s'assurerait auprès des citoyens une fonction de relais et d'information pour tout ce qui touche au débat public.
  • Les membres des comités communaux de citoyens ne pouraient exercer qu'une seule fois ce mandat. Ils seraient formé aux droits et devoirs du citoyen et au contrôle démocratique. Ce mandat seraient assujettis à des droits et à des devoirs, notamment celui publié un compte rendu de son mandat

Conclusion

On le voit bien, le désintéressement des citoyens vis-à-vis de cette instance démocratique porte plus sur la forme que sur le fond. La question à laquelle il faut désormais répondre est la suivante :

Comment, en respectant la lettre et l'esprit de la loi, rendre les avis du conseil de quartier à la fois indépendant du pouvoir politique, suffisamment étayées par des expertises de toute nature, est réellement représentatif de la volonté des habitants du quartier?

Ségolène Royal est une des rares candidates à l'élection présidentielle de 2012 à répondre à cette question.

il me semble plus judicieux, à une époque où le taux d'abstentionnistes va grandissant à chaque consultation électorale, à une époque où d'aucuns prétendent résumer le bulletin de vote ou simple rôle du pompom d'une pompom girl, à une époque où les Français sont de plus en plus indignés de constater à quel point l'oligarchie française les exclus chaque jour davantage de la Démocratie, il me semble plus judicieux, plutôt que de ricaner aux propositions de Mme Royal, plutôt que de chicaner sur son appartenance réelle à la gauche, plutôt que, telle la moule accrochée à son rocher, de se cramponner à une hypothétique révolution qui sera inexorablement récupérée par ceux qui ne veulent en aucun cas qu'enfin le pouvoir s'exerce au nom du peuple, par le peuple et pour le peuple, il me semble donc plus judicieux de reconnaître que cette idée de comité citoyens, que Ségolène Royal développe, est une excellente solution républicaine et démocratique, parfaitement adaptée aux graves problèmes de déficit d'exercice démocratique que rencontrent les citoyens français.

Sources: le site de Ségolène Royal ; Intox2007; Ville de Lyon ; Argumentation ; Désir d’Avenir ; Google

vendredi 9 septembre 2011

PS Bouches du Rhône : Il y a des jours comme ça ou quand ça veut pas, ça veut pas.

La mise en examen, jeudi 8 septembre, du sénateur socialiste et président du conseil général des Bouches-du-Rhône Jean Noël Guerini vient mettre un peu de piment dans l'insignifiante campagne pour la primaire menée par Martine Aubry et François Hollande.

En effet, au fil des charges, retenues par le juge marseillais, contre Jean Noël Guerini et du peu de cas que la direction du Parti Socialiste a fait du rapport d'Arnaud Montebourg, on est en droit de se demander à quel titre Jean Noël Guerini a pu bénéficier de l'inaction de François Hollande et de la bienveillante clémence de Martine Aubry.

Jean Noël Guerini - sénateur depuis le 1er octobre 1998 et président du conseil général des Bouches-du-Rhône depuis août 1998 - est soupçonné par la Justice de notre pays de "prise illégale d'intérêt, association de malfaiteurs en vue de réaliser un trafic d'influence" ainsi que de malversations présumées touchant à des marchés publics et impliquant son frère Alexandre. Cette mise en examen s'inscrit dans le cadre d'une enquête sur l'exploitation présumée frauduleuse de décharges, ainsi que sur l'obtention de marchés auprès de collectivités par des sociétés soupçonnées de blanchiment et de liens avec le banditisme 

Un malheur n'arrivant jamais seul, on apprenait ce vendredi soir qu'un adjoint au maire de Berre-L'Etang, dans les Bouches-du-Rhône, Raymond Bartolini, avait été mis en examen et écroué à Marseille dans le cadre d'un dossier de blanchiment touchant à des marchés publics instruit parallèlement à l'affaire Guerini.

Sans préjuger de la présomption d'innocence de ces deux « élus de la république », on peut tout de même s'interroger sur les fortes présomptions d'entente illicite, lors des appels d'offres lancées concernant les marchés relatifs aux déchets attribués en Provence-Côte d'Azur et Languedoc-Roussillon.

Surtout lorsqu'on apprend que le 7 septembre dernier, le président socialiste du syndicat d'agglomération nouvelle d'Ouest Provence, Bernard Granié, a été condamné par la cour d'appel d'Aix à deux ans de prison ferme, 100 000 € d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour corruption dans le cadre d'un marché public de collecte de déchets.

3 élus socialistes accusés de ne pas respecter les règles relatives aux marchés publics, dans la même région, vous avouerez que ça commence à faire beaucoup et qu'on n'est pas loin de penser qu'il y a là un système bien rôdé visant, notamment en matière de collecte de déchets, a abuser de son statut d'élu pour mener des affaires financières un peu glauques.

De fait, on peut se demander légitimement si, Benoit Hamon, le porte-parole du parti socialiste, n'oublie pas quelques “détails de l'histoire” lorsqu'il déclare à l'antenne de la chaine  i>Télé

"L'UMP cherche à  faire de l'affaire Guérini un dossier qui embarrasse le PS".

Malheureusement je crois que depuis 10 ans le PS a TOUT fait pour être embarrassé par cette affaire sans l’aide de personne!

Il est probable que l'UMP-FN se réjouit fort de constater que Martine Aubry, première secrétaire du Parti Socialiste depuis sa nomination contestée à cette fonction le 26 novembre 2008, se retrouve avec trois élus socialistes de la même région devant répondre devant la Justice d'accusations de corruption, de blanchiment d'argent sale, de prise illégale d'intérêts ou de trafic d'influence...

Il est également fort probable que l'UMP-FN n'a certes pas oublié qu'avant Martine Aubry, c'était François Hollande qui, depuis le 27 novembre 1997, occupait la fonction de dirigeant du Parti Socialiste et qu'un système de corruption, telle qu'il apparaît  au fil des mises en examen et des procès, ne peut en aucun cas avoir été mis en place d'un coup de baguette magique. Pour qu'un tel système s'installe et fonctionne il faut au bas mot une bonne dizaine d'années.... Un tel système ne peut s'installer à l'échelle d'une région avec la complicité silencieuse de l'ensemble des élus socialistes. Il y a donc eu nécessairement, au moment où François Hollande était à la tête du parti socialiste, des alertes émanant d'élus locaux. Alertes dont il n'a pas tenu compte manifestement.

Très naturellement, comme l'a fait  à juste titre l'état-major du Parti Socialiste depuis 2007 pour chaque affaire judiciaire impliquant un membre de la majorité gouvernementale, l'UMP-FN ne saurait se priver, à l'aube des campagnes pour l'élection présidentielle et pour les élections législatives, d'exploiter les faiblesses, pour ne pas dire le laxisme, des deux successifs premiers secrétaires du Parti Socialiste. Il y a là une opportunité formidable pour eux de s'exonérer de débat de fond et d'un bilan calamiteux.

De la à clamer partout, comme le font Jean Noël Guerini et Benoît Hamon, qu’il y a machination et à sous-entendre que la Justice et les juges qui mènent l'enquête le font sur ordre du gouvernement… C’est aller bien trop loin et ne pas vouloir, une fois de plus se remettre en cause. C’est faire de la communication a bon compte en oubliant que les électeurs ne sont pas dupes.

C'est oublier un peu vite que depuis plus d'un an, au sein même du parti socialiste, une alerte avait été donnée concernant les agissements de Jean Noël Guerini. La direction du PS était-elle trop occupé à prendre le pouvoir et à placer ses pions pour entendre cette alerte?

C'est oublier que cette alerte lancée à Martine Aubry, dès le mois de juin 2010, n'a été examinée par le bureau national du Parti Socialiste que le 8 mars 2011. Pourquoi un tel délai ?

C'est oublier également qu'après avoir longtemps prétendu qu'elle avait perdu ce rapport Montebourg, Martine Aubry a déclaré qu'il n'y avait rien dedans et qu'elle a refusé de lire les preuves étayant ce rapport qui lui ont été envoyé par la suite. Il serait bon que Martine Aubry nous explique pourquoi, d'emblée, elle n'a pas voulu croire le député Montebourg qui, ayant mené une enquête pour l'Assemblée Nationale sur le sujet de la corruption, est de loin au parti socialiste le plus à même de détecter rapidement un système corrompu. Pourquoi Martine Aubry a-t-elle refusé de prendre connaissance des preuves étayant le rapport d'Arnaud Montebourg ?

C'est oublier le cynisme avec lequel François Lamy, le bras droit et homme à tout faire de Martine Aubry, a renvoyé Arnaud Montebourg « soutenir les candidats aux cantonales. Ce n'est pas responsable de mettre en cause une fédération sur la base d'affirmations péremptoires». Étrange comportement de François Lamy qui enjoignait le député de Saône-et-Loire d'aller soutenir les candidats aux cantonales de mars 2011 alors qu'il était notoirement connu qu'aux élections régionales de mars 2010  la Fédération et le Conseil général des Bouches-du-Rhône avait mené un boycotte non dissimulé de la campagne du Président de Région, sans qu'il ne reçoive aucune injonction de la part de Martine Aubry ou de François Lamy. Pourquoi ce deux poids deux mesures, dans quel intérêt  pour le Parti Socialiste ?

C'est enfin oublier le “cautère sur une jambe de bois” qu'a représenté le rapport d'Alain Richard et l'innocuité des mesurettes qui l'ont suivi... Réduire la taille des sections en laissant à leur tête ceux-là mêmes qui ont contribué au fonctionnement du système Guerini, c'est tout faire pour que le système continu à fonctionner. Reconnaître, comme le fait Alain Richard dans son rapport de contre-enquête que "Plusieurs des affirmations énoncées dans ce rapport" ne sont pas "dénuées de tout lien avec la réalité"  et ne rien trouver à redire au "système" Guerini, c'est pour le moins démontrer qu'on fait soi-même partie d'un système un peu glauque. Pourquoi si peu de changements alors que la situation était gravissime?

Autant d'incompétence, de mesquinerie, de petites cuisines électorales, de calculs politiciens, en un mot de laxisme dans le traitement de questions fondamentales qui impactaient les valeurs  d'honnêteté, de respect des finances publiques, de respect des statuts mêmes du Parti Socialiste, de respect des citoyens et des électeurs, ne peut passer inaperçu aux yeux de l'UMP- FN et encore moins aux yeux des électeurs de gauche.

C’est soit faire preuve d'une grande naïveté, soit faire preuve d'un profond mépris pour les électeurs de gauche que croire un seul instant :

  • que la direction du Parti Socialiste sera suivie par les électeurs de gauche dans l'affirmation de son porte parole qu'il ne s'agit, dans l'affaire Guerini, que d'une manœuvre politique
  • qu'il lui suffira d’argüer de la présomption d'innocence pour ne pas avoir à répondre de sa façon de gérer ce dossier, qui ne touche pas seulement Jean Noël Gerini mais une bonne partie des élus socialistes des Bouches-du-Rhône

Et quand je constate que Georges Frêche a été exclu très vite du parti socialiste, sans attendre que la justice le lave de toutes les accusations de propos racistes dont on l'avait affublé à tort, et que, alors que dans l'affaire Guerini ou l’on parle, excusez moi du peu, de crime pénale , d'association de malfaiteurs, de détournement de fonds publics, - comme dans l’affaire DSK ou l’on parle de viol-  Martine Aubry met en avant la présomption d'innocence,  j'en viens à me demander si les valeurs d'équité, de probité, qu'on peut attendre de socialistes, ne sont pas jetées par-dessus la jambe par certains d'entre eux, lorsqu'il s'agit de préserver un soutien électoral régional ou d'en abattre un autre.

Quand , en plus, je lis des articles de journalistes et d'internautes qui soutiennent François Hollande ou Martine Aubry, où l'on s'offusque qu'on ose mettre en doute l'efficacité, le sens des priorités, la réactivité de leurs « héros », où l'on semble découvrir que les adversaires politiques du Parti Socialiste ne sont pas suffisamment idiots pour ne pas aller chercher les "petits secrets cachés sous le tapis" des oligarques su PS, je me demande si vraiment ces gens-là pensaient sincèrement accéder au pouvoir simplement en nous berçant de promesses, en nous abreuvant des valeurs de la gauche sans jamais nous en donner l'exemple ou en nous assénant des concepts ésotériques tels que le « care » ou le « candidat normal ».

Que Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon dérangent l'oligarchie socialiste se comprend mieux au vu du décalage entre les ronrons feutrés de salonards teinté de bureaucrates, coupés de la rudesse du terrain, persuadés que, de guerre lasse, les électeurs français les préfèreront à la droite gouvernementale et frontiste sans qu'ils n'aient à faire la preuve qu'on pouvait leur confier la remise en marche d'un pays ravagé par 10 années de libéralisme effréné.

Parler vrai, traiter rapidement les problèmes lorsqu'ils se présentent, agir pour le bien commun et non pour manœuvrer un appareil à son seul profit, démontrer chaque jour ses compétences réelles à maitriser des problématiques complexes en gardant en tête des valeurs républicaines et humaines semblent, à l'heure actuelle, hors de portée de Martine Aubry et de François Hollande.

Je pense même que l'inaptitude à gouverner dont ils ont fait preuve au travers de l'affaire Guerini est un handicap profond pour les campagnes présidentielles et législatives à venir. Et c’est extrêmement  préoccupant pour la suite des évènements car la mobilisation massive des électeurs de gauche au second tour est très compromise, à cause du comportement de François Hollande et de Martine Aubry dans le cadre de l’affaire Guerini qu’ils n’ont pas empêché à temps d’éclater.

Sources : le Figaro ; le JDD ; 20minutes ; Le Monde ; Sud-Ouest; Rue89 ; PS 13 ; Marsactu ; l'Express ; le Nouvel Obs

jeudi 8 septembre 2011

Jack Lang, s'immisce dans la campagne de la primaire socialiste. A quel titre?

Jack Lang n'a pas aimé les propos de Ségolène Royal concernant François Hollande et Martine Aubry que le journal le Figaro rapporte, en faisant croire que c'est au cours d'un entretien que la candidate à la primaire socialiste aurait accordé au Figaro (verbatim: “ assure Ségolène Royal au Figaro”. ).

Outre le fait que Ségolène Royal n'a pas accordé d'interview officielle au Figaro  et que, par conséquent, les propos rapportés ne peuvent être que des propos tenus en privé, hors du cadre de la campagne électorale, je trouve particulièrement déplacé que Jack Lang se permette de stigmatiser les propos attribués à Ségolène Royal.

D'abord parce qu'il me semble que le PS s'est doté d'une "Haute Autorité" - composée de trois membres (Jean-Pierre Mignard, Catherine Barbaroux et Rémy Pautrat) - chargée du bon déroulement de la primaire, dont J/Lang ne fait pas parti .  A quel titre Jack Lang  vient-il se positionner en juge arbitre des propos tenus (ou prétendument tenus) par Ségolène Royal en particulier?

Si telle est son ambition, autant qu'il fasse le travail correctement. Ce qui semble à ce jour n'être pas le cas :

En effet, pas plus tard que mercredi soir, à Toulouse, Martine Aubry ne s'est pas privée de mener une charge violente contre François Hollande et son indécision légendaire !

Et ça n'était pas la première fois.
Le 28 août, abordant la maire de Lille est néanmoins candidate à la primaire socialiste ne cachait pas son profond regret de l'inertie de son prédécesseur à la tête du PS concernant la fédération des Bouches-du-Rhône.

Puisque Jack Lang semble à court de sujets qui lui permettent d'exposer son bronzage et son brushing - immuable et impeccable- devant les caméras, je lui signale également qu'il pourrait englober dans son “indignation” les propos d'Arnaud Montebourg concernant le laxisme de Martine Aubry envers Jean Noël Gerini

Il peut également rappeler à l'ordre  André Vallini qui a estimé que ces attaques étaient "un aveu d'irritation, d'exaspération" et, en quelque sorte une réaction de mauvais perdants...

Comme on peut le constater au travers de ces quelques exemples, et n'en déplaise aux médias et politiciens qui aimeraient bien, comme en 2007, nous faire croire que Ségolène Royal est une personne qui divise les socialistes, force est de constater qu'elle n'est pas la seule.

Il faut être un peu benêt ou totalement fanatisé pour penser ou croire que dans un parti politique de la taille du Parti Socialiste il n'y a aucune division, aucun courant, aucune différence entre les candidats à la primaire socialiste.

Il y a même une certaine malhonnêteté intellectuelle à ne clouer au pilori que les propos d'une candidate et à oublier que les autres candidats tiennent des propos tout aussi « critiquables ».

Je ne saurais donc trop conseiller à M. Lang et aux médias qui seraient tentés de jouer à ce petit jeu de se méfier des retombées que cela pourrait représenter pour eux. Il me semble qu'avant de se poser en parangon de vertu, ils seraient tous mieux avisés de vérifier leur source et de ne pas s'en prendre uniquement aux candidats qu'ils ne soutiennent pas.

Quant à M. Jack Lang, je comprends qu'il s'indigne ( lui-même n'ayant pas un palmarès extrêmement brillant politiquement)  qu'on puisse se demander d'un homme politique quel bilan concret de 30 années de mandats électifs il peut présenter. C'est une démarche on ne peut plus citoyenne et responsable que de le faire. Pour le paraphraser c'est une saine démarche puisqu'il n'y a « pas mort d'homme ».

Ceci dit, que l'interrogation provienne réellement de Ségolène Royal ou qu'elle soit issue du cerveau fécond d'un journaliste du Figaro, à bien y regarder effectivement il me paraît extrêmement difficile, et ce non seulement en ce qui concerne le bilan nul de François Hollande  mais celui de bon nombre de nos politiciens et politiciennes, de répondre à la question:

« Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu'il aurait réalisée en trente ans de vie politique ? Une seule ? »

Pour ma part, et après avoir cherché désespérément toute la journée sur Internet, je n'ai trouvé aucun motif de satisfaction de l'action politique de François Hollande. Maintenir le PS pendant des années en état de mort chronique, réussir à prendre la tête du conseil général d'une région moribonde et ne pas donner à cette région une impulsion vivifiante n'est certes pas, à mes yeux, un bilan dont on pourrait se vanter. Ceci explique peut-être pourquoi Messieurs Lang et  Vallini préfèrent botter en touche et s'attaquer à Ségolène Royal plutôt qu'au bilan de François Hollande.

Sources : le Figaro ; Segorama ; le Monde; le Nouvel Obs ; L’Express; Le JDD; Ozap ; le Post ; le Parisien